Beyond Borders : Projet de diplôme

Master II, S10 (PFE) • Année 2014-15 • ENSA Paris La Villette

Professeur encadrant : Eric Locicero

Dossier complet : Rapport de PrésentationRapport de Présentation  •  Planches A0Planches A0

Lors de mon année d’échange à l’Université de Tokyo, j’ai travaillé sur le sujet de la catastrophe de Fukushima dans le cadre du projet d’architecture. Le thème principal de ce travail était : Comment les architectes peuvent intervenir sur Fukushima ? Depuis quatre ans, les architectes du monde réfléchissent principalement à des solutions d’urgence pour reloger la population, mais peu se questionnent sur le devenir de cet immense territoire désormais abandonné. C’est alors sur ce sujet que j’ai décidé d’orienter mon travail : tout d’abord parce qu’une anticipation des conséquences d’un territoire renié me semble essentielle, mais aussi parce que cette thématique m’attire depuis longtemps: mon sujet de mémoire de fin d’étude se portait sur l’intérêt de plus en plus important du tourisme noir et de l’exploration urbaine dans notre société actuelle, sur la perception des villes en ruine, mais aussi sur le processus de résilience mis en place par les habitants affectés par une catastrophe : celui de faire face à ses traumatismes en intégrant le désastre. 

Bien que cela puisse paraitre surprenant, les zones irradiées de Fukushima attirent de nombreux intéressés : les habitants nostalgiques de leurs terres, les touristes curieux de l’état actuel de la région, et les scientifiques à la recherche d’un terrain d’étude pour observer les conséquences de la radioactivité à long terme.

J’ai alors choisi de créer, dès aujourd’hui, à Fukushima, un lieu qui puisse répondre aux besoins de toutes provenances et d’intérêts différents. Un lieu qui puisse fédérer ceux qui sont intéressés, quelles qu’en soient les raisons, par la situation de Fukushima. Un lieu qui puisse laisser une trace des évènements passés, et dont les conséquences sont invisibles à l’œil nu.  

Le programme sera alors composé de : un mémorial, pour se recueillir ; une tour d’observation, pour voir l’inaccessible ; une salle de conférence, pour communiquer ; un musée, pour comprendre les enjeux ; et un laboratoire scientifique, pour étudier les conséquences du nucléaire.

  Analyse de site : Fukushima                                                        

S10 evenements
S10 hamadori detached

Dans l’urgence, dans les jours suivant la catastrophe, les autorités ont tracé une frontière sur un rayon de 20km autour de la centrale, et évacué tous les habitants de cette zone. Pendant près de deux ans, ces frontières n’ont cesser d’évoluer, répondant aux longues analyses de contamination du territoire, pour venir enfin se figer en mai 2013. Il existe dorénavant 3 type de zones : la verte, autorisant toute personne à se rendre sur place en journée ; l’orange, où l’accès est autorisé au public uniquement pour des raisons spéciales et avec autorisation ; et la rouge, où l’accès est strictement interdit au public mais autorisé aux travailleurs du nucléaire. Aucune de ces zones ne peut être habitée. 

C’est en étudiant ces frontières que j’ai basé mon projet. Le pouvoir des limites physiques et leurs conséquences m’ont beaucoup questionné, et m’ont poussé à regarder la manière dont celles-ci ont été tracées. Je me suis alors rendue compte que le dessin des zones interdites était concentré non seulement sur la région d’Hamadori, sans jamais la dépasser, mais aussi qu’elle suivaient bien trop souvent les frontières administratives. 

Ces frontières seraient-elles alors politiques, ou scientifiques ? L’air, et donc les radiations, s’arrêteraient-ils aux délimitations communales et régionales ? 

J’ai donc choisi d’orienter mon projet sur le questionnement des frontières et de leur pouvoir symbolique. Il s’intègre dans cette confrontation entre acte humain de démarquer l’espace, et fait naturel qui lui, n’a pas de limite. N’y a t’il pas une forme “d’absurdité” dans la délimitation d’une zone irradiée, en suivant une zone administrative ? 

S10 choix site

Lors de ma visite à Fukushima, je suis allée au plus près possible de la zone rouge, jusqu’à être stoppée au point de contrôle de Futaba. C’est donc en ce point précis que j’ai décidé d’installer le projet de Beyond Borders. Ce lieu constituait le site idéal pour répondre aux fondements de mon projet : la ligne de démarcation entre zone rouge et zone verte correspond ici à la limite communale entre Futaba et Namie ; la centrale de Daiichi et le village abandonné de Futaba se situent à 5km de ce point, et donc visibles depuis une tour d’observation ; situé en zone verte, il est accessible par tous en journée et répond à la recherche d’adrénaline du tourisme noir ; situé au bord de la zone rouge, il donne accès aux scientifiques à ce terrain de jeu gigantesque ; placé sur une colline, il est protégé des tsunami.

 

 

  Pensée architecturale                                                                

Pour composer ce projet, j’ai puisé mon inspiration dans la pensée de l’espace japonais et dans la composition des organismes vivants, allant jusqu’à la plus petite particule : l’atome. J’y ai trouvé de nombreux liens entre la structure naturelle et la composition de nos villes, où chacun est constitué de longues galleries reliant des noyaux. Ceci met en évidence l’importance de la distance entre deux points pour laisser le temps aux flux de se propager et d’intégrer l’information.

S10 systeme vivant
S10 ma oku

Le MA et l'OKU au Japon sont des notions complexes associant temps et espace. Il sont décris de cette manière dans le livre Le sens de l’espace au Japon

“Le MA est l’intervalle qui existe forcément entre deux choses qui se font suite, d’où l’idée de pause. Ces deux idées de nécessité et de succession, c’est à dire de liaison et de mouvement, introduisent de toute évidence la notion de sens. Le MA est en effet un espacement chargé de sens. 

“Il fonctionne de manière analogue aux symboles : il sépare tout en reliant, de même que le symbole, étymologiquement, suppose la séparation puis la réunion. La charge sémantique du MA varie suivant deux conditions : sa place dans un ensemble, et son échelle (ouverture plus ou moins grande de l’espacement). L’une et l’autre sont guidées par (et produisent) un certain rythme. 

“L’espace architectural au Japon est une expérience, en ce qu’il fait appel à la mémoire, à l’imagination et au symbole, plutôt qu’il n’est donné par les objets. 

“Selon Takeuchi, le MA naîtrait d’un changement dans un flux dont la régularité serait perçue comme monotone et pauvre de sens. Par ce changement, la charge sémantique serait enrichie.

“Le MA introduit, dans la suite de signe qu’impose un émetteur quelconque, des zones libres où le récepteur a le loisir d’inscrire les significations de son goût.”

Le sanctuaire shinto de Fushimi Inari Taisha à Kyoto me semble être la plus belle mise en oeuvre de cette notion du MA. Un parcours de 4km autour d’une colline, le long duquel s’installent, ponctuellement, de nombreux sanctuaires. Le parcours est enrichi de milliers de portes torii, symbole du seuil, transformant la marche en une méditation perpétuelle  sur l’espace et le temps. 

OKU est un lieu situé profondément dans l’intérieur des choses, loin de leur aspect externe. 

“Au Japon, le sacré habite en des lieux caches et difficiles à atteindre, contrairement à l’Europe dont les églises sont visibles et accessibles de partout. Ce qui est important se cache aux regards, et pour y accéder maints détours sont nécessaires. 

“De la complexité des parcours nait la profondeur de l’espace. Maki évoque à ce propos les long et tortueux corridors des grands ryokan dont le peintre Usami Eiji disait que l’on y a volontairement multiplié les détours afin de procurer au visiteur l’illusion qu’il pénètre profondément dans n monde lointain. Ce goût du labyrinthe se manifeste alors même que ne l’exigeraient pas des contraintes materielles. 

“C’est la même propension qu’analyse de con côté Inoue Mitsuo, pour lequel la topogénèse nippone affectionne les coudes et détours. Lui aussi relie cette propension à un soucis d’ordre kinesthésique : donner l’impression du mouvement.

“Cette complication des parcours a pour fonction d’accentuer la sensation de cheminer, de progresser. C’est pour la même raison que les chemins qui mènent aux sanctuaires sur les collines décrivent souvent des lacets superflus : il importe ici que la progression soit ressentie comme telle, afin de renforcer la sacralité du sanctuaire. Toutefois, dans une rue ordinaire, c’est moins la destination qui compte que le parcours. Les chemins du Japon, par certains côtés, privilégient le processus (la progression, plutôt que le but lui-même.

“La spatialité japonaise associe intimement l’intériorité au mouvement. Le plan du château du shogun à Edo, Edo-jo, illustre parfaitement ces principes. La plus absolue dissymétrie règne dans la répartition des bâtiments et des pièces, et les circulations abondent en décrochements. Or, une logique règne ici. Pour Inoue, l’essentiel est de comprendre qu’il s’agit d’un intérieur, lequel se développe organiquement pour lui-même, indépendamment de tout repère extérieur. Ici, les seuls repères sont ceux que crée le rapport topologique d’une pièce donnée avec la pièce immédiatement précédente et la pièce immédiatement subséquente. Le plan général indiffère, seul compte l’ordre de la progression. Le principe de cet espace topologique, ce ne sont pas les perspectives, mais au contraire les butées visuelles, grâce auxquelles on ponctue la progression. C’étape en étape, les coudes et détours dévoilent un nouveau prospect. La vue ne doit pas être simultanée, elle doit être successive. L’impression d’intériorité est accentuée : perdant toute référence à un ordre général, le visiteur est totalement coupé de l’extérieur. C’est une topogénèse interne qui se développe, selon sa propre logique irréductible.”

S10 archi souterraine

C’est en particulier dans la composition de l’architecture souterraine que se retrouvent les notions de structure organique (noyaux et galleries), la conception spatiale du MA (l’intervalle entre deux choses) et de l’OKU (la progression et l’importance des détours). 

  Le Projet : Beyond Borders                                                        

 

En m’inspirant de lieux tels que Hiroshima, Nagazaki et Tchernobyl, j’ai choisi de créer, dès aujourd’hui, à Fukushima, un lieu qui puisse répondre aux besoins de toutes provenances et d’intérêts différents. Un lieu qui puisse fédérer ceux qui sont intéressés, quelles qu’en soient les raisons, par la situation de Fukushima. Un lieu qui puisse laisser une trace des évènements passés, et dont les conséquences sont invisibles à l’œil nu. 

 Le programme sera alors composé de : un mémorial, pour se recueillir ; une tour d’observation, pour voir l’inaccessible ; une salle de conférence, pour communiquer ; un musée, pour comprendre les enjeux ; et un laboratoire scientifique, pour étudier les conséquences du nucléaire. 

Tout comme les trois zones règlementées du territoire, le projet global se fera selon trois règles d’accès précises : La partie extérieure, avec le mémorial et la tour d’observation seront accessibles à tous et gratuitement, puisque situés dans la zone verte. Le musée et la salle de conférence, qui se trouveront en souterrain, seront accessibles à tous mais payant, permettant de financer les recherches scientifiques.  Enfin, le laboratoire scientifique ne sera destiné qu’aux chercheurs du nucléaire.

S10 programme
S10 pers vue ciel

Une expérience le long de la frontière

S10 plan ext
S10 coupe ext

Un mémorial, pour se recueillir

S10 memorial escaliers

Beyond Borders Memorial

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Du mémorial à la tour d'observation

Vue depuis le haut de l’escalier du mémorial

Vue depuis le chemin vers la tour d’observation

Vue de la tour d’observation

Une tour d'observation, pour voir l'inaccessible et traverser la frontière

S10 plan tour base 1
S10 plan tour2
S10 tour observation 1

Une experience sans frontières : musée et laboratoire scientifique

Beyond Borders Plan Souterrain

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

 

Procédé de déconstruction du terrain

S10 deconstruction terrain

Programme du musée et du laboratoire scientifique

S10 programme musee

Une variété d'espaces, rythmée par un jeu de portiques

S10 rythme portiques2

Une double peau insérée dans le vide souterrain

S10 detail portique 1

Un parcours continu, alternant entre large et étroit

Beyond Borders Coupes Souterraines 

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Perspective d’ensemble

Vue de la salle d’art du musée

Vue d’un espace intermédiaire avec le jeu de portiques

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