Le Métro, lieu interstitiel

Licence II, S3 - Année 2009

Travail de groupe : Aurelien Millefiori / Antoine-Frédéric Nunes / Violette Prost

 

 

 

Aborder le métro comme lieu interstitiel 

Aborder le métro comme lieu interstitiel c’est partir de l’hypothèse que le métro est un lieu qui se situe entre deux choses, deux espaces, qu’il est l’interstice entre deux états distincts ( vie privée/vie professionnelle). Quand on parle de métro il faut comprendre dans « métro » l’univers du métro. Cet interstice est un moyen, il est mis en place pour aller d’un point à un autre en utilisant un temps donné. Pour aller d’une activité a une autre il faut du temps et de l’espace.

Il faut réfléchir à l’importance des moyens déployés pour passer d’un sommeil lourd dans sa banlieue paisible à sa chaise de bureau en centre ville. Ce qui est mis un jeu ce sont toute une gamme de compressions spatio-temporelles qui interviennent pour satisfaire un besoin, une envie : se déplacer.

 

 

Parcourir le métropolitain

Il est 16h40, la neige tombe sur la Place Bellecour.

Je m’empresse de descendre les premiers escaliers qui vont me mener à la chaleur souterraine du métropolitain.

Mais déjà je me vois heurté à une foule de passagers qui se dirigent vers la sortie. Ces gens sortent-ils de mon métro qui vient de partir, ou bien de celui qui se dirige vers Perrache ? Je me faufile tant bien que mal à travers cette masse humaine afin d’atteindre les dernières marches éclairées de lumière naturelle.

Je vais vers le distributeur de tickets, où la queue va me faire perdre quelques minutes précieuses. Dans la file d’attente, mes yeux restent rivés sur l’extérieur, que je ne vois pas mais qui se devine par la lumière vive. Puis je regarde en direction des escaliers menant aux quais du deuxième sous sol. Ma montre affiche 16h43, il me faudra 3 minutes pour atteindre Saxe, et 3 autres pour atteindre Part Dieu. Sans compter le temps d’attente et les correspondances.

Les touristes se trouvant devant moi n’arrivent pas à acheter leurs billets. Il n’y a rien de compliqué quand même ! Je dois être à 17h à la gare, s’ils ne se pressent pas je vais manquer mon rendez-vous ! Je regarde à nouveau ma montre : 16h45. Le distributeur enfin libre, je m’empresse de prendre mon ticket. Expert de la roulette, je regarde à peine l’écran, insère la monnaie sans faire attention, et attend quelques secondes l’impression du ticket. Je remercie la machine de son service et son amabilité, et me dirige vers les portillons, sans prendre le temps de ranger mon portefeuille.

Mais de nouveau, me voilà heurté aux mêmes touristes, n’arrivant pas à passer les portillons avec leurs bagages. Je prends donc la seconde porte, passe la barrière de verre, et me précipite vers les premiers escaliers menant aux quais de la ligne D. Mais une autre foule arrive à contresens, m’empêchant d’avancer rapidement. Un homme me bouscule, il fait tomber mon portefeuille. Il continue son chemin sans même réaliser ce qu’il s’est passé ; il est tellement habituel de se heurter dans ces lieux que l’on ne fait même plus attention aux coups que l’on donne ou que l’on reçoit. Je me baisse tant bien que mal pour ramasser mon portefeuille et repars dans ma course.

Arrivé sur le palier intermédiaire, je vois mon métro sur le quai. Je m’élance dans les escaliers, demandant aux gens de s’écarter. J’entre en collision avec quelques personnes, les poussant sur mon passage. J’entends la sonnerie stridente des portes annonçant leur fermeture. Tentant le tout pour le tout, je m’élance à toute vitesse vers les portes, le choc n’en fut que plus violent lorsqu’elles se refermèrent sur moi.

Gêné de l’échec que je venais de subir, je me rends à l’autre bout du quai afin de m’entourer de personnes n’ayant pas assisté à la scène.

En attendant le métro suivant, j’observe le monde s’entasser en tête du quai. Pourquoi ne viennent-ils pas plus loin où il y a de la place, puisque le métro n’est pas encore là ?

Je vois les touristes de la billetterie arriver tranquillement sur le quai. Je n’avais pas besoin de courir, en fait…

J’entends au loin le bruit de la rame de métro et me place sur le côté du carré blanc dessiné au sol. Je regarde une fois de plus les panneaux indiquant la direction : je suis du bon côté.

Le métro arrive, s’arrête, ouvre ses portes et se vide de ses passagers en même temps qu’il en reçoit de nouveaux.

Je monte et reste debout, comprimé entre la vitre froide et le souffle chaud de mon voisin. Le métro démarre et s’enfonce dans le tube obscur. Les regards s’évitent, les uns contemplant le sol, les autres regardent le plafond, ou encore les publicités. On ne prend pas le risque de regarder les vitres, craignant d’y croiser le reflet des autres. J’examine le plan de la ligne que je connais par cœur, afin de vérifier mon trajet.

Le métro ralentit et s’arrête brusquement, me faisant perdre mon équilibre. L’espace se vide et se remplit à nouveau. Je m’installe près de la porte pour être dehors le plus vite possible à la prochaine station. La sonnerie stridente agresse mes tympans et les portes se ferment.

Après quelques secondes, la voix aigue annonce la station suivante « Saxe Gambetta, correspondance métro B, direction Charpennes, ou Stade de Gerland ». Je vois les touristes se lever de leurs sièges au même moment, et bousculer les passagers avec leurs bagages pour se rapprocher des portes. Pourquoi faut-il que tout le monde se lève dès l’annonce alors que le métro a encore la moitié du chemin à parcourir ?

En arrivant à la station, je peux voir la fourmilière sur le quai se rapprocher des carrés blancs peints au sol. Je les vois se resserrer entre eux, tout comme les passagers dans mon dos. Comment vais-je faire pour passer à travers cette masse humaine ? Le métro ralentit puis s’arrête. Les starting-blocks sont prêts à lâcher les sprinteurs dans leur course contre la montre.

Les portes s’ouvrent, je repère une faille et m’y engouffre.

Enfin libéré de cet espace restreint, je me dirige vers la correspondance en empruntant le long couloir souterrain. J’accélère le pas, suivant et croisant les autres passagers pressés. Je slalom entre les corps humains, accélère puis ralentis ; j’accélère de nouveau, puis m’arrête, gêné par un piéton. J’aperçois le métro stationné et décide de tenter ma chance : j’accélère, cours le plus vite possible au rythme de la sonnerie des portes, et saute dans la rame, bousculant par la même occasion les passagers statiques.

Je rigole de mon exploit, en espérant trouver un visage souriant, témoin de ma performance. Mais personne ne me voit. Ou bien tout le monde m’ignore.

Dans ce moment de solitude, je me déplace pour aller trouver un siège. À côté de qui vais-je m’asseoir ? Le jeune homme à la casquette et aux vêtements Lacoste, ou l’homme d’affaire au costume ? Satisfait d’avoir eut le choix, j’opte pour la place la plus rassurante.

Installé confortablement, j’observe les voyageurs entassés dans l’espace intermédiaire, laissant de la place dans les couloirs. Je me suis toujours posé des questions sur cette attitude… Pourquoi décide t-on de rester les uns contre les autres alors que l’on a un espace libre à proximité ? Ce regroupement est-il dû à la nature humaine, ou bien est-il la conséquence d’un espace mal aménagé ?

La voix annonce l’arrivée à la station Part Dieu. Je regarde ma montre : 17h ! Je me lève immédiatement, demande à la foule de s’écarter, afin d’atteindre la porte avant même que celle-ci ne soit ouverte. Je regarde les personnes sur le quai, les yeux tournés vers l’intérieur de la rame. Et pendant qu’ils se demandent comment ils vont entrer, je me demande comment je vais sortir. Le métro ralentis, s’arrête, ouvre ses portes : l’affrontement commence. Deux fourmilières se rendant dans des directions opposées doivent se croiser en ce point. Je redresse les épaules, prend un air d’homme pressé, et regarde dans la direction de la sortie. Je me place de travers et avance lentement dans ce passage étroit, en criant « pardon ! Pardon ! ». Enfin sortis de ce tumulte, je me joins au mouvement en direction de la gare.

Après quelques secondes, le flux se dissipe. Libre d’accélérer de nouveau, je monte les escalators, puis atteins le tapis roulant. Me plaçant sur la file de gauche, j’avance sur le tapis mécanique, en criant aux personnes stationnées sur le passage « Pardon ! Pardon ! ». Ne peuvent-ils pas réfléchir et se placer sur la droite, afin de ne gêner personne ?

Pris dans mon élan, je redoute l’arrivée sur la terre ferme. Mais l’habitude me guide, et mon rythme s’adapte à nouveau.

Je sens l’air froid annonçant la sortie. Je vois les portes et repère celle qui me fera avancer plus vite (un peu comme aux caisses du supermarché). Je m’approche de celles-ci, prêt à passer la barrière mais elles commencent à se refermer sous mon nez et s’ouvrent à nouveau, m’obligeant à marquer une pause brutale et agressive. Enfin libéré de ce dernier contrôle, je me débarrasse de mon ticket en le déposant sur le rebord des portes. Peut-être que quelqu’un s’en servira…La tête vers le haut, j’aborde les dernières marches vers la sortie, et me vois confronté une dernière fois à la foule descendant dans le métro, la tête vers le bas.

Enfin dehors !

Mais je suis saisi par une forte déception : il faisait jour quand je suis entré dans le métro, et il fait nuit lorsque j’en sors.

 

 

Phénomènes de compressions spatiotemporelles

L’utilisateur, qu’il soit occasionnel ou quotidien subit dans cet espace de l’entre deux des compressions spatio-temporelles. Passé la bouche de métro on entre dans une véritable galerie souterraine, un réseau de tunnels, une maille invisible de l’extérieur, qui a ses qualités propres en tant qu’espace. Le traitement du sol, des murs, et du plafond devient un enjeu majeur pour le bon fonctionnement d’un tel espace. Tout est indiqué, de façon plus ou moins explicite. Les panneaux directionnels sont mis en évidence alors que le sens du dallage au sol guide dans la bonne direction. Le revêtement antidérapant et la ligne jaune indiquent  où s’arrêter avant de se faire arracher la tête par la rame. L’espace du métro sollicite tous nos sens. Les variations de la lumière (densité, couleurs, intensités) , les différents niveaux sonores (ventilation, pas des gens sur le sol, bruit de fond des voix, frottement de la rame de métro sur les rails, ou encore annonces diverses au micro), les odeurs soudaines, transpiration humaine ou odeurs en spray de pain au chocolat diffusé pour faire acheter à une correspondance un généreux croissant. La taille surdimensionnée des affiches à des positions stratégiques engendre pour l’utilisateur quotidien un véritable lavage de cerveau. Les moustiques de la surconsommation vous piquent là où est la seule échappatoire au regard de l’autre.

Ces compressions spatiales sont directement liées à des compressions temporelles. La notion du temps est modifiée de la même manière que l’espace.

La vitesse du métro, le pas élancé ou incertain, les marches, les escalators, les portes d’entrée ,de sorties qui marquent des ruptures dans la progression du déplacement sont autant d’éléments qui jouent sur la notion du temps.

On se presse pour attendre. On utilise la rame qui accélère puis freine incessamment, ne faisant en fin de compte que cela. Un rythme s’installe: accélération, décélération, arrêt, etc. On se rend vite compte que sans montre un trajet en métro est extrêmement difficile à évaluer.

Aller d’un lieu à un autre en métro, c’est passer par différents espaces plus ou moins confinés ; le tunnel, le quai, le métro (moment critique parfois) puis le tunnel à nouveau et enfin la libération, le grand air pur de la ville.

La distance pure, dépourvue de tout repères visuels urbains, à  parcourir dans ces tunnels est généralement vécue comme une contrainte, sauf aux heures de grande affluence où elles permettent une respiration. Le parcours revêt une ambiance particulière ; la répétition, des affiches publicitaires, du rythme des néons, sont de nouveaux repères, une nouvelle unité de mesure.

 

 

La notion de distance

« Tu me rejoins ? » « J’arrive je me dépêche je suis a 3minutes de la Part Dieu »

Le métro est un lieu où il n’existe plus aucune notion de distance. Tout est compté en heure, minutes et secondes. Le jour où on lira Part Dieu – Bellecour : 2km on sera dans l’incapacité de fixer un rendez vous à une heure précise. A l’inverse : « 4 stations de métro », on commence à se situer temporellement.

Le métro agit sur notre notion de distance comme tout transport clos. Cette notion s’efface d’autant plus que le métro est souterrain. On ressent d’ailleurs la même chose en avion à une autre échelle. La distance c’est du temps et ce de trajet organise d’une certaine manière l’espace. J’ai cinq minutes pour aller au supermarché et je suis à cinq minutes de la gare. Cela revient à dire que la gare et le supermarché se trouve temporellement au même endroit mais que spatialement ils ne le sont pas forcement.

Le plan du métro se représente par une pure abstraction des distances. Il est le symbole même du rapport que le métro entretient avec l’espace.

Pour faire passer un flux d’une certaine quantité avec une vitesse donnée on adapte les réseaux. C’est par cette logique que les tubes du métro sont creusés, les hommes, semblables à des flux de matière sont canalisés. Ces espaces sont dimensionnés selon une pure logique fonctionnelle. Il n’y a souvent aucune place à l’émotion architecturale. Le lieu exprime ce qu’il est simplement, c'est-à-dire un espace fonctionnel.

 

 

Entrée - Ticket

A l’entrée du réseau, il faut se procurer un ticket. On doit pour cela généralement pour cela faire la queue, et l’on s’énerve lorsque l’attente se fait plus longue que prévue (être bloqué dans le métro alors qu’il sert à gagner du temps est un paradoxe insupportable). Chacun analyse la situation, essaie de constituer des groupes et d’évaluer leur rapidité à se procurer leur titre de transport et choisit la file la plus rapide.

« Il y a deux groupes à la machine une : un touriste et des étudiants qui se disputent sur le nombre de tickets à prendre. Trois groupes à la machine deux : un couple, deux personnes silencieuses et un handicapé, tant pis ça ne change rien, je me mets dans la deuxième file. »

 

 

Accès au Quai

Arrivé à la borne, le ticket ou la carte est sortie de la poche pour ne pas perdre de précieuses secondes. On ralentit légèrement pour présenter d’un geste assuré, ferme et rapide son droit de passage. Puis le corps avance anticipant l’ouverture des portes, la tête en retrait prévoit un possible dysfonctionnement du mécanisme automatique. La fausse manœuvre n’a pas sa place ici, une erreur, le flux continue, des gens s’entassent, on se trouve écrasé, stupeur, énervement. On fait tout pour éviter l’autre, même pas rentré on est déjà au corps à corps.

 

Tout est réglé, mécanisé

Dans cet univers tout est réglé, métré. Escalators, tapis roulants, portes automatiques. Il y a bien dans le système interne de ce monstre urbain totalement automatisé (distributeur de billets, composteurs, portes d’entrée et de sortie, caméras voix enregistrée et autres…) une présence humaine, ce sont les employés de la Prévention, quasi-figuratifs ou bien des contrôleurs scrupuleusement protocolaires. 

 

 

Stress, tensions

Un rythme soutenu est mis en place afin de conserver la fluidité. Lorsqu’on se retrouve confronté à des objets et des personnes en mouvement constant, on se sent obligé de suivre la cadence. La personne n’étant pas pressée marchera malgré elle à une vitesse soutenue, embarquée par la foule. Un stress se crée par la vitesse à laquelle se déroule le temps dans le métro. On nous demande d’avancer et de dégager les lieux, alors on obéit. Dans ce lieu il n’y a rien d’intéressant à voir, des carreaux, du bitume, et toujours ces mêmes publicités. Le métro devient le terrain de jeu pour les grapheurs et certains qui n’ont rien d’autre à faire que d’inscrire des messages de révolte revendicative du type « Nike la police ! » ou encore « 69 en force ».

Les tensions proviennent aussi de l’atmosphère générale. Si une personne est tendue, elle va le communiquer aux autres, et ainsi de suite. L’agressivité peut alors apparaître, créant de la méfiance, et augmentant les tensions uniquement par peur de la réaction de l’autre Enfin, ce lieu est clos, il génère une certaine forme de stress. On ne peut pas s’échapper si facilement. Apres un trajet en métro on est lessivé par ce que cet espace nous a fait subir. Un petit instant est nécessaire pour se repérer a nouveau dans la ville.

 

 

L’utilisateur habitué 

Le métroquotidien ou celui qui prenait le métro tous les jours

L’habitué se reconnaît aisément à son attitude et à sa démarche. Il a cette assurance qui lui permet de savoir à quel moment se presser pour avoir son métro. Il reconnaît les différentes sonorités, marche presque sans regarder les indications. Son parcours quotidien devient un rituel. Il compose avec le métro, tente de tout contrôler, en premier lieu ses mouvements. Il sait où se positionner sur le quai en fonction de l’arrivée. C’est une manière de se distinguer des autres dont il tire un certain plaisir.

 

 

L’individu dans le flux – le flux 

Dans le flux de la masse, l’individu s’efface, il fait partie d’un tout. Il y est sous tension. Il a le droit à 3 secondes dans ce flux pour passer les portillons, il ressent la pression des autres et il lui est impossible de s’arrêter sans provoquer le désordre. Pour atténuer ces confits il va déployer moult « pardons » et « excusez moi » coupables. Il va alors réapparaître comme individu a part entière. On sent dès cet instant que le moindre geste peut avoir une influence directe sur le flux qui nous entoure. En s’en différenciant on s’attire souvent les regards désapprobateurs des autres utilisateurs.

Dans les couloirs, tout le monde marche vite. Il y a une entrée et une sortie, on regarde la sortie et on trace sa route.

Certains marchent encore plus vite. Tous les remarquent et pensent : « c’est idiot, tous les métros vont à la même vitesse, ils vont attendre ». On voit l’absurdité de l’autre et pas ses propres paradoxes.

Ceux qui courent devancent parfois suffisamment la masse principale et attrapent une rame d’avance. Face à cette situation, certains se reprocheront leur conformisme et leur manque de réactivité, la plupart se chercherons une excuse, tous concluront que seule une urgence justifie tous ces efforts pour gagner deux minutes.

En parallèle, les groupes se resserrent et font bloc, dos vers l’extérieur, les amoureux se collent entre eux. Les personnes des groupes sont plus à l’aise, elles trouvent dans l’être ensemble une occupation qui les distancie de l’espace environnant.

 

 

Se presser pour attendre

Sur le quai il y a globalement deux catégories : les gens qui ne bougent pas et ceux qui s’agitent. Ceux qui sont immobiles sont souvent dos à un mur, en retrait, loin des allées et venues ou assis, les bras sur leur sac, les yeux fixés vers rien. Les portables, baladeurs et journaux gratuits (LyonMaG) sont pour quelques uns une bouffée d’oxygène au milieu de cette foule étouffante.

Bouger permet à ceux qui supportent mal l’attente forcée de dissiper leur énervement en attirant l’attention de plusieurs paires d’yeux spectatrices et dissuadent les autres de les approcher. Certains profitent de cette situation pour se pavaner. Ainsi apparaissent régulièrement des individus qui déambulent le long du quai comme sur un tapis de défilé avec des allures de pin-up ou de playboy.

 

 

Intrusions 

La pénétration de l’autre dans son espace vital est fréquente aux moments de fortes affluences. On est contraint de s’entasser, les uns sur les autres. C’est l’intrusion de l’autre dans son espace vital qui nous pousse  Vous remarquerez que jamais deux personnes se trouvent l’une face à l’autre. Tout le monde cherche un endroit où poser son regard.

On laisse toujours une distance raisonnable entre soi et l’autre, celle-ci s’accroît à proximité d’un groupe de personnes bruyantes, agitées, grosses ou ayant tendance à attirer l’attention.

 

 

D’une station à l’autre 

Entre deux stations le bruit des machines comble le silence humain. Ces courtes minutes sont aussi un moment où les passagers, ayant trouvé leur place, restent statiques. Cet instant de “pause“ est rapidement perturbé par l’arrivée du métro en station. Tout d’abord, la rame freine et impose aux voyageurs de changer de position pour trouver l’équilibre. Puis l’ouverture des portes, alors que le train est encore en mouvement, indique qu’il faut se presser de sortir. Les voyageurs restant dans la rame s’étant approprié les lieux doivent alors se serrer, se déplacer ou sortir pour laisser passer, pour ensuite laisser entrer les nouveaux occupants. L’arrêt du métro à chaque station peut être vécu par les voyageurs restant à l’intérieur de la rame comme une contrainte et une perte de temps. Ce temps d’échange est rapidement pressé par la sonnerie stridente et désagréable des portes automatiques. Après avoir vécu un moment de désordre spatial suivi d’une “alarme“ agressive, les passagers retrouvent un temps de sérénité, qui ne durera que quelques minutes. Cette suite d’action sera répétée le nombre de fois que nécessaire au trajet du voyageur. 

Les longs trajets en métro sont souvent rendus pénibles par le grand nombre de stations, qui sont autant d’arrêts.

 

 

De la société à l’individu

En sa qualité de transport collectif dans la ville, le métro réunit des personnes de toutes origines sociales (même si les classes plus aisées peuvent s’offrir d’autres moyens de transport et sont moins représentées). En cela il propose des échantillons de population représentatifs de notre société qui se côtoient en général relativement rarement.

Mais la spécificité du métro n’est pas tant dans la confrontation de classes sociales que dans la mise en présence d’individus uniques. C’est ainsi que chacun y apparaît, il est un être commun parmi tant d’autres, indifférencié. C’est une situation étrange, et elle est ainsi vécue. Des personnes rassemblées dans un espace confiné pour ne rien faire, réunies par leur oisiveté passagère. Cela ne porte pas à l’échange, on ne trouve pas sa place par le travail, l’activité, toute contenance a été confisquée dès les premières marches qui mènent à ce monde souterrain. Les acteurs de la vie, les citoyens sont transposés dans un méta univers désemparant. Dans ce face à face infernal, tout est regard et apparence. Chacun renvoyé à sa qualité extrêmement concrète d’individu parmi un cortège étranger n’en ressent que plus fortement le sentiment de son corps exposé au regard de l’autre. Dès lors, le corps recherche une contenance, une signifiance de façade pour fuir le désagrément de ce dénuement. Pourtant concrètement tout le monde s’évite, physiquement dans la mesure du possible et surtout visuellement. Car le meilleur moyen d’échapper à une réalité subie est de l’ignorer. Regarder l’autre, c’est lui donner de l’importance. C’est accepter une possibilité d’interaction dans une situation qui en manque amèrement. Pourtant, de l’avis de tous, ce serait formidable. Mais en aucun cas l’on ne souhaite faire le premier pas, d’autant qu’une rencontre ne dépasserait pas quatre stations. Dès lors le premier objet venu devient une échappatoire, plans publicités, chewing-gum suscitent soudainement un intérêt. Ici, un regard, surtout lorsque prolongé, est perçu comme un acte de prédation, inconvenance extrême. Dans cet état contraint de privation de la vue, l’attention se porte  sur le corps, le geste, l’auto décortication et l’imagination travaillant fait spéculer sur l’image que l’autre perçoit de soi, malgré son désintérêt profond. Immanquablement, chaque mouvement  prend des significations disproportionnées dans une atmosphère plombée où tous aux aguets sont en proie à un stress rampant qui finit de verrouiller toute éventualité d’échange.

Marc Augé dans Un ethnologue dans le métro, le décrit comme : « la collectivité sans la fête, la solitude sans l’isolement ». Utiliser ce lieu collectif revient d’une certaine manière à participer à la société dans laquelle on vit, le métro devient pour l’usager un rite quotidien. C’est un lieu où règne la superficialité, seule l’apparence différencie les êtres et les regards discrets pensent énormément de choses. Le caractère collectif du lieu contraste avec l’individualité des passagers. On feint superbement de s’ignorer avec une pathétique constance, sans rater sa station !

 

 

Les saisons

Prendre le métro ne procure pas les mêmes sensations que l’on soit en été ou en hiver. Entrer dans le métro en été signifie pénétrer un espace restreint où la chaleur est plus élevée qu’à l’extérieur. Cela implique aussi de se coller à des personnes en sueur, sentir des odeurs peu agréables, et respirer un air lourd. L’espace du métropolitain devient un lieu que l’on évite, et le choix le plus fréquent sur une courte distance (une ou deux stations) sera la marche à pieds.

En hiver, le métro est un lieu dans lequel on se réfugie pour se réchauffer ou se protéger des intempéries. C’est un moment où l’on apprécie son assistance, et son usage est pratiqué par les voyageurs quotidiens comme les habitués de la marche ou du vélo. Le trajet devient donc un temps où l’on se réchauffe, se protège, et rend ce lieu presque réconfortant sous certains aspects. C’est un soulagement de rentrer dans le métro, et l’on assiste à une croissance de la tolérance dans cet espace restreint. Il est aussi notable que lors des intempéries, les citadins hésitent moins à prendre le métro, même pour une station.

 

 

Le métro, la bonne excuse 

On va très souvent se servir du métro comme une excuse pour son retard. Combien de fois avons-nous utilisé ou entendu les phrases : « Je n’ai pas pu venir travailler, il y avait une grève des métros », « C’est les heures de pointes, je viendrai plus tard », « Il n’y a plus de métro après minuit, je ne peux pas venir», « Je suis en retard parce que métro est resté bloqué dans le tunnel pendant une demi-heure ».

Une grande partie du Manuel des Excuses à dire à son Patron est consacrée au métropolitain. Tout le monde en connaît les caractéristiques.

  

 

Conclusion

Le métro est un lieu qui établi de nouveaux rapports entre espace et temps au cœur d’une ville.

Ce n’est pas un but ni une fin mais un simple moyen qui assure une seule fonction : se déplacer. Cet espace souterrain n’est destiné qu’à être traversé par un flux de citadins. La complexité des compressions spatiotemporelles dans ce lieu engendre des comportements spécifiques chez les utilisateurs.

La solitude,  le rapport avec l’autre et le stress sont des comportements abordés ici.

 

Le métro reste un formidable moyen de transport, il est l’organisme de la ville qui se doit de gérer le déplacement de ses citadins.

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